Raconter une histoire : de la page à l’écran

Raconter une histoire : de la page à l’écran

J’étais il y a peu à l’événement We Are French Touch, un événement dédié aux industries créatives : cinéma, podcast, design, musique, édition etc. Un vrai bonheur quand on aime la créativité !

Cet événement questionne le rôle de la production de la culture, du processus de création et son insertion dans le monde d’aujourd’hui. Je vous raconte ici l’essence de la conférence qui m’a passionnée : De la page à l’écran. raconter les histoires d’aujourd’hui.

De l’écriture à la série : une influence à miroir

La première conférence à laquelle j’ai assisté proposait un panel d’intervenant d’une grande qualité : Monsieur Olivier Nora PDG des Éditions Grasset, Mathilde Meyer Pathé Film, Bruno Merle et Oliver Abbou scénaristes et producteurs notamment de la série Les Papillons Noirs ainsi que Pauline Clavière, écrivaine et ici modératrice de la discussion.

Je suis arrivée dans cette conférence au moment où l’on rappelait que les plateformes de contenu telles que Netflix ou Amazon Prime avaient remis les écrivains au coeur de la production de films et de séries. Comme si après avoir copié un peu mécaniquement des séries en tous genres, on revenait finalement au coeur du contenu : l’écriture.

Et qui de mieux que les auteurs pour proposer une fiction intéressante, bien construites et répondant aux envies – parfois étonnantes des audiences ?

Et la question a été posée : écrivons-nous aujourd’hui des romans pour que ceux-là soient adaptés en film où en série ?

Les auteurs sont-ils influencés eux-mêmes par ce qu’ils consomment au quotidien ?

Le format feuilleton et les éléments perturbateurs d’un récit représentent-ils l’alchimie d’un succès audiovisuel ?

Ce qu’Olivier Nora nous apprend c’est que lorsqu’il a reçu le roman de Virginie Despentes, Vernon Subutex, elle livre avec un peu de retard avec un pavé de près de 800 pages. A la lecture, Olivier Nora se rend compte que le récit peut être divisé en plusieurs actes : le moment où Vernon vogue au sein des appartements de ses connaissances, et puis la fameuse bascule où il finit à la rue.

Face à ce constat, Olivier Nora insiste « il faut en faire deux livres », et offre ainsi deux contrats à Virginie Despentes qui signe.

Mais il s’empresse de renchérir : un succès littéraire c’est à peu près 100 000 livres vendus, est-ce qu’un livre qui a séduit 100 000 personnes, est la traduction d’un succès audiovisuel futur ? Il en doute et nous aussi.

La nouvelle tendance enfermante : les sujets

Difficile aujourd’hui de proposer une oeuvre qui ne se résume pas à un thème : la transition, l’addiction ou encore le racisme etc.

C’est très caricatural, mais c’est ce qui fait le bonheur des journalistes qui peuvent en très peu de caractères identifier une oeuvre – et ce phénomène peut être très réducteur.

Alors quoi ? Doit-on s’arrêter de produire des écrits littéraires qui ne rentrent pas dans une case ? Bruno Merle et Oliver Abbou ainsi que Pauline Clavière répondent en choeur que non. L’écriture doit pouvoir tout raconter, faire jouer les émotions, les auteurs doivent être libre de proposer des récits plus complexes, même aujourd’hui.

Ce à quoi l’éditeur Olivier Nora, rétorque que les jeunes générations se mettent à tout genrer, un auteur noir ne peut écrire sur un blanc, une auteure femme ne peut écrire sur la vie d’un homme etc.

Et cela est problématique à différents niveaux : la qualité de la production ne peut pas être appréciée en fonction de celui qui écrit. L’imagination ne peut pas être bridée par une réalité et les producteurs doivent être garant de préserver cet espace de liberté.

D’ailleurs Mathilde Meyer nous partage que chez Pathé on a pris la décision de produire moins de films, de mieux les lancer et de ne pas délaisser la production de films d’auteurs.

Cette nécessité du vrai dans le récit

Chaque siècle a eu son genre littéraire phare, il y a eu le siècle des poètes, puis le siècle des dramaturges, et enfin celui des romans prônés depuis le 19ème. Selon Olivier Nora nous arrivons à la fin de cette ère, et que ce qui conduit l’intérêt des lecteurs aujourd’hui est guidé par la nécessité du vrai.

À juste titre il souligne que « plus le réel est gagné par les fake news et plus on demande à la fiction de basculer dans le réel » et je suis tout à fait alignée avec ce constat.

Les publics ont la volonté de consommer de l’histoire vraie, comme si la fiction n’avait plus sa place dans notre quotidien et que notre intérêt en tant que public n’était tourné que vers ce qui est véridique.

C’est en tout cas ce que partageait Oliver Abbou et Bruno Merle de leur expérience au moment de la diffusion de la série (incroyable soit-dit en passant) Les Papillons Noirs : cette histoire, est-ce qu’elle est vraie ?

Les deux scénaristes s’étaient retrouvé à quasiment devoir s’excuser que ce récit soit le fruit de leur imagination.

Ils ont d’ailleurs poussé le vice jusqu’au bout en publiant le livre que le héros de la série écrit dans la série, et on retrouve le visage de Nicolas Duvauchelle en couverture. Tout cela questionne une chose : pourquoi notre intérêt est démultiplié lorsqu’on nous dit qu’une histoire est vraie ?

Je finirai cet article par une phrase qui a résumé plutôt bien cela : Fargo avait déjà tout compris, lorsque le film de fiction ouvre sur « cette histoire est une histoire vraie ».

P.S : regardez Les Papillons Noirs coproduction Arte / Netflix, ça faisait un moment que je n’avais pas vu une fiction aussi bien menée.

Cet événement We Are French Touch a été victime de son succès, il y avait beaucoup trop de monde dans cet espace plutôt restreint, mais l’ensemble des contenus et conférence proposés étaient d’une grande qualité.

Crédit photo : Axel Granberger et Alyzée Coste © Nicolas Roucou – Arte

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